La pollution plastique
La pollution plastique compte parmi les plus grands défis environnementaux et sanitaires de notre époque. Jambeck et al. (2015) estiment que 4,8 à 12,7 millions de tonnes de déchets plastiques terrestres ont été introduites dans les océans sur la seule année 2010 — plus de 1 200 tours Eiffel. Elles s'ajoutent aux plus de 5 000 milliards de débris plastiques qui polluent déjà les océans du globe selon Eriksen et al. (2014) — l'équivalent de 40 fois la surface de la Terre. Cette pollution n'a cessé de croître depuis.
Des macro-déchets aux MNPs
Sous l'effet de contraintes mécaniques, thermiques et chimiques, ces macro-déchets se fragmentent en microplastiques puis en nanoplastiques (MNPs). Omniprésents, ils sont ingérés, inhalés, et peuvent franchir la barrière cutanée pour se disséminer dans les organismes. L'ensemble de la biosphère est aujourd'hui contaminé, et les MNPs se bioaccumulent tout au long de la chaîne alimentaire.
Ce qu'on sait de leur toxicité
Depuis plus d'une décennie, la biologie marine documente une toxicité multiforme des microplastiques et nanoplastiques chez les organismes marins — de l'alimentation à la reproduction, jusqu'aux fonctions cognitives. Chez l'Homme, la recherche accuse un retard considérable.
recherches seulement dans le monde sur la toxicité des microplastiques et nanoplastiques (MNPs) chez l'Homme, en 2026 — 37840 sur les radiations, 1011 sur les métaux lourds-. Pourtant, nous prenons progressivement conscience de notre exposition massive à ces particules via l'alimentation, les cosmétiques ou l'air inhalé.
Cette toxicité reste largement incomprise sur le plan mécanistique : la nature chimique des particules, leurs interactions avec d'autres contaminants, la taille des microparticules et la durée d'exposition influencent fortement le profil de toxicité observé. Effets déjà documentés en biologie marine : modification de l'activité alimentaire, retard de croissance, toxicité sur la reproduction et l'expression génique, réduction de la locomotion et de la survie, dysbioses, neurotoxicité, altération des capacités cognitives.
Pourquoi la tortue ? L'espèce sentinelle
Chaque année, des dizaines de tortues sont hospitalisées dans les centres de soins sur des accidents décompressifs, des noyades ou des traumatismes. Et ces longs mois semi-captifs sont une occasion unique d’étudier l’impact des MicroNanoPlastiques (MNPs) sur leur physiologie et leur santé.
Les tortues marines sont 20 à 100 fois plus contaminées aux MicroNanoPlastiques (MNPs) que les mammifères marins (dauphins, baleines…) pourtant considérés comme des apex prédateurs. Elles sont donc probablement les organismes vivants les plus contaminés de la biosphère. Elles présentent par ailleurs une longévité très similaire à l’être humain, reproduisant assez fidèlement la chronicité de notre propre exposition aux MNPs. Elles sont aussi, comme nous, polycontaminées : pesticides, métaux lourds, PFAS… et aujourd’hui c’est bien la combinaison des contaminants qui est suspectée dans certaines maladies. Enfin, à titre indicatif, chaque hiver, ce sont plus de 80 tortues qui sont hospitalisées au CESTM de l’Aquarium de La Rochelle ; des conditions semi-captives idéales pour comprendre l’effet des MNPs sur leur physiologie. En synthèse, c'est précisément ce cumul en conditions réelles qui fait de la tortue marine une espèce sentinelle particulièrement résolutive : détecter chez elle des physiopathologies liées aux MNPs permet d'anticiper des risques encore invisibles chez l'Homme.
Le transfert inverse
Les biologistes et écotoxicologues marins s’intéressent aux MNPs depuis des décennies et pourraient largement conseiller les médecins et chercheurs en santé humaine sur les meilleures stratégies pour les détecter, quantifier et caractériser. A l’inverse, la médecine humaine dispose de nombreux outils, biomarqueurs et concepts qui restent largement absents de la biologie marine et de la médecine vétérinaire de la faune sauvage. Leur transposition permettrait de mieux comprendre les mécanismes de toxicité des MNPs, mais aussi d'améliorer le diagnostic, la prise en charge des tortues marines en centre de soins, et la surveillance des écosystèmes C’est exactement l’ADN du Groupe de Recherche TORPP qui vise à décloisonner les expertises, compétences et expériences entre les disciplines, afin de maximiser l’efficacité des recherches. #Onehealth.
C'est par exemple la bioimpédancemétrie — une technique de mesure de la composition corporelle utilisée en médecine humaine — que TORPP a testée pour la première fois sur des tortues caouannes hospitalisées. Dans l’autre sens, des dosages biologiques réalisés classiquement sur les tortues et les mammifères marins pour apprécier leurs niveaux de contaminations -estérases-B- ont été déployés pour la première fois chez l’Homme. C’est là la puissance scientifique des analyses croisées Homme/Tortue Marine défendues par TORPP.
L'approche One Health
Encore marginale dans notre système de santé et dans la recherche académique, l’approche Onehealth (Une Seule Santé) est une approche intégrée et unificatrice qui vise à décloisonner l’ensemble des connaissances scientifiques des différentes disciplines, pour mieux relever les défis sanitaires et environnementaux menaçant les humains, les animaux et les écosystèmes.
En intégrant 19 disciplines scientifiques — de la pédiatrie à l'écotoxicologie, en passant par la biologie marine et la médecine vétérinaire — 16 institutions et 4 pays, TORPP décloisonne les savoirs pour dessiner la recherche et la santé de demain.